La vente du livre "Si, La Calle m'était contée" se poursuit par l'intermédiaire des éditions Jacques GANDINI - 7, rue de Roquebillière - 06359 Nice Cedex 4 (Chèque de 45€ + 7€ de frais de port = 52€)

La Calle, près de la frontière Tunisienne, n'est pas née de l'expédition française de 1830. En effet, le drapeau du roi de France flottait sur la Berbérie depuis bien des années auparavant.
Son emplacement se situait sur celui de Tuniza, ville mentionnée sur des voies de l'empire romain, dressée au III° siècle.
Tuniza, dans l'antiquité punique et romaine, du berbère "Tounes" ou bivouac, devint Marza El Kharaz "le port aux breloques", puis Mers El Djnoun, port de la baie, et La Calle de massacares, et finalement La Calle ou bastion de France, le plus important de tous les comptoirs de pêcheurs de coraux.
Déjà, vers 1286, où le commerce et la pêche au corail donnaient au "port aux breloques" une prospérité importante, La Calle servait de havre aux navires, grâce à sa presqu'Île allongée, parallèle au rivage, qui en faisait un abri naturel que la providence semblait avoir mis pour les navigateurs, sur cette côte inhospitalière.
Le sol riche en souvenirs recèle d'innombrables vestiges de civilisations éteintes et nous rappelle, si besoin était, que des pêcheurs de corail, Corses, Méridionaux et Français ont été, à partir de 1450, les pionniers de l'installation Française en Algérie.
La « Cie marseillaise des Concessions d'Afrique » s'installe en 1450 sur la côte Barbaresque entre Bône et Tunis et installe le « Bastion de France » à la Calle. Les Français y pêchent le corail et font le commerce du cuir de la laine de la cire, etc....

 

Présence turque

1515-1830 Berbérie

Vers 1553, Thomas Lincio (ou Lenci), dit Thomas Lenches, riche négociant, ancien patron de bateaux, d'origine Corse, mais demeurant à Marseille, obtient du Dey l'autorisation d'installer sur le Bastion de France La Calle, une compagnie de pêche, et de cueillir le corail: « La compagnie marseillaise des concessions d'Afrique ». Il reçut du Roi de France, l'accréditation pour représenter la France sur la côte barbaresque (du Cap Rosa au Cap Roux)
Plusieurs fois détruit et relevé (consécutivement aux pillages et aux attaques des autochtones et des corsaires) la concession de pêches changea souvent de mains. Ce comptoir sera évacué de 1799 à 1816 sur l'ordre du Bey de Constantine.

 

Présence française

1830-1962 Algérie

En 1836, Berthier de Sauvigny, à la tête de 40 cavaliers fut accueilli avec enthousiasme par les Arabes qui les attentaient pour recommencer la pêche au corail.
L'Algérie conquise par la France, La Calle se peupla peu à peu.
Revenus nombreux, les corailleurs logeaient dans leurs barques. On releva les ruines de la presqu'île et, sur l'emplacement actuel de la ville, on construisit des baraques en planches.
Plus tard, on traça le plan de la future agglomération et on concéda des lots.
Mgr. DUPUCH fut si heureux de voir s'accroître la petite chrétienté qu'il vint, le 29 avril 1843, consacrer cette petite église qui depuis si longtemps avait servi de chapelle à l'ancien établissement français de la pêche du corail.
En 1851, l'hôpital, commencé en 1843, est inauguré, avec sa chapelle, comme hôpital civil et militaire.
En 1853, deux sœurs de la Doctrine chrétienne font l'école dans un ancien café.
C'est le 16 octobre 1876 qu'eut lieu la pose de la première pierre de l'église de La Calle.
Une usine de fabrication d'ébauches de pipes de bruyère des Frères GIORDANO, une usine de taille de bouchons et de traitement du liège, de la famille MIRANDA. Des exploitations agricoles, vinicoles, maraîchères, assuraient, avec la mise en conserve de sardines et de crevettes, le complément d'activité journalière de la population, estimée alors à environ 5.000 personnes (européens et musulmans).
A noter que la ville de LA CALLE était le siège de la commune mixte, du même nom, dirigée par un Administrateur nommé par le Gouverneur général et son territoire s'étendait jusqu'à la frontière tunisienne.
Le petit port de la Calle faisait corps avec un paysage où le vert des forêts de chênes-lièges s'harmonisait avec l'azur marin. Il était un coin délicieux et l'on retrouvait, dans ses environs proches, de nombreux vestiges de civilisations éteintes.
(Extrait de P.N.H.A Revue du 11/1991) texte de Edmond LEPAGE - Enfant de LA CALLE.

 

Bastion de France

Le Bastion de France est un comptoir commercial fondé au XVIe siècle par des Corses issus d'une famille de renégats installée en Afrique du Nord, près de Bône à la frontière algéro-tunisienne. Ce comptoir développe d'importantes relations commerciales avec Marseille.

Vestige de la tour de guet, Bastion de France près de La Calle (Algérie).

 

 

La fondation et la prospérité des premiers temps.

La famille Lenche, originaire de Morsiglia (Cap Corse), s'était installée en Afrique du Nord.Tomasino, quant à lui, s'établit à Marseille en 1533, vers l'âge de 23 ans.

En 1550, le dey d'Alger accorde à Tomasino Lenche (v.1510-1568) le droit de pêcher le corail au Massacarès, près de Bône. L'année suivante, Henri II lui accorde le monopole de cette pêche (renouvelé en 1560 par Charles IX).

Pour développer son activité, Tomasino fonde en 1552 sur le site proche de La Calle, le Bastion de France, avec ses neveux, Visconte (v.1545-1580) et Antonio Lenche (v.1540-1588), et ses cousins corses de Marsiglia, de la famille Porrata. Il baptise sa compagnie de commerce la Magnifique Compagnie du corail.

L'activité commerciale de ce comptoir s'avère importante et son développement est spectaculaire : elle compte 250 pêcheurs répartis sur 50 navires. Les profits dégagés le sont tout autant: la livre de corail se vend 6 livres tournois (un pêcheur gagne 12 sols par livre de corail pêchée, soit l'exacte moitié d'une livre tournois). Le corail est un produit de luxe utilisé en orfèvrerie (confection des chapelets par exemple). Il est encore utilisé comme monnaie d'échange aux échelles du Levant, surtout à Alexandrie, contre des épices et de la soie.

Les Lenche diversifient leurs activités et deviennent des brassiers d'affaires. Ils se positionnent comme des intermédiaires dans le commerce entre Alger et Marseille. Ils se lancent dans le trafic de contrebande pour approvisionner le dey en plomb, en fer et en armes (artillerie, poudre, munitions). En échange, ils reçoivent des chevaux arabes, des chiens, des faucons, et même une paire de lions. Ces présents sont destinés au gouverneur de Provence.

De la réussite commerciale à l'ascension sociale.

Tomasino obtient ses lettres de naturalité en 1553. Il rase sa maison (achetée en 1545) et construit un magnifique bâtiment (actuelle place Lenche à Marseille).

Son honorabilité est telle, qu'il entre au conseil de ville (1558) et devient second consul de Marseille (1565). Il reçoit chez lui les ambassadeurs turcs en route vers la Cour. Il est capable de doter sa fille, unique il est vrai, de 24 000 livres. Elle épouse en 1565 Jean-Baptiste de Forbin, seigneur de Gardanne.

La prospérité se poursuit à la génération suivante. Le neveu de Tomasino, Antonio, épouse le 23 février 1570 à Marseille, Jeanne de Bouquin, issue d'une famille de magistrats anoblis. Avec son frère Viscente, ils possèdent en 1588 la quatrième fortune de Marseille (140 000 livres) derrière "les Riquetti seigneurs de Mirabeau (trois cent mille écus), les Covet seigneurs de Marignane (trois cent mille écus), les d'Albertas de Jouques.

Antonio Lenche devient gouverneur du Bastion de France (1568-1588). Du côté des affaires, Une seconde compagnie, du simple nom Compagnie du corail est fondée par un cousin (Orso-Santo Cipriani). Henri III confirme le monopole de la Magnifique compagnie (1582) et étend même les limites géographiques des zones de pêche à Bizerte (1584). C'est tout le littoral septentrional de la Tripolitaine qui est ainsi contrôlé par les compagnies des Lenche.

Les temps incertains.

Les premières difficultés ne sont pas économiques mais politiques. En effet, graves sont les conséquences des guerres de religion. Ennemis de la République de Gênes (alliée de l'Espagne), les Lenche soutiennent Henri III contre la Ligue catholique (favorable à l'Espagne). Du coup, les Corses vont jouer un rôle déterminant dans le soutien des intérêts de la monarchie française. Ce soutien ne se fait pas sans risque : Antonio Lenche est assassiné en 1588 par les ligueurs, au couvent de l'Observance, près du tombeau de son père, puis dépecé. Ses cousins germains Giovani, Paolo et Orlando de Porrata ramène son corps à Morsiglia en l'église San Cipriano (1589).

En outre, la prospérité des Lenche est mise à mal par les vicissitudes politiques d'Afrique du Nord. En juin 1604, le Bastion de France est détruit par la milice de Bône soutenue par les galères d'Alger du raïs Mourad. Les Lenche en appelle au roi Henri IV qui, par l'intermédiaire de son consul à Alger (M. de Vias) proteste. La réponse est sévère (le consul est roué de coups). Le gouverneur du Bastion de France, Thomas II (fils d'Antonio), parvient à le faire restaurer.

Une nouvelle attaque est menée par les Algérois en 1615-1616. Le 14 mars 1616, le capitaine Jacques Vinciguerra (originaire de Bastia) appareille avec son fils pour rétablir le Bastion de France. En 1619, épuisé par les reconstructions sans cesse répétées, Thomas II Lenche vend ses droits sur le Bastion au duc de Guise, amiral et gouverneur de Provence. Il reçoit en échange une pension annuelle de 4 800 livres tournois.

En dépit de la création d'une troisième compagnie par un cousin (Nicolini) en 1586, au capital de 34 000 écus d'or, la Magnifique Compagnie du corail n'est plus ce qu'elle était à partir des années 1590. Les conflits d'héritage incessants entre les héritiers (les Forbin, les Mirabeau, les Ornano) ont considérablement contribué à la décision de Thomas de céder ses droits en 1619.

Un nouveau départ ?

Les relations entre la France et Alger se normalisent à la fin des années 1620. Le 19 septembre 1628, Sanson Napollon, descendant des Lenche, signe le traité d'Alger par lequel la sécurité du commerce en Méditerranée est rétablie.

Le 8 octobre suivant, le général des galères d'Alger fait savoir aux consuls de Marseille que "deux vestes d'honneur et de gloire" ont été offertes à Nappollon par le pacha (l'empereur ottoman). Louis XIII paie 272 435 livres qui servent à payer le rachat d'esclaves, les frais de campagnes et des présents. Napollon relève les comptoirs de Bône, La Calle et le Bastion de France. Outre la reprise de l'exploitation du corail, Sanson Napollon ouvre au cap Rose un comptoir pour le commerce du blé.

Vue de la colonie de La Calle, 1788. Au XVIIIe siècle, il n'y a plus d'entrepreneur commercial privé. Le Bastion est passé sous le contrôle de la compagnie royale d'Afrique.

En 1631, le roi nomme Sanson Napollon gouverneur du Bastion de France qui relève dorénavant de la Couronne et non plus du duc de Guise. L'espoir d'un renouveau se fait sentir mais pour peu de temps.

En 1633, Sanson Napollon est tué lors d'une attaque menée par les Gênois et en 1637, une nouvelle offensive des Algérois, dirigée par Ali Bitchinin, général des galères, porte un coup fatal aux comptoirs français : Le Bastion de France, La Calle et les installations du cap Rose sont détruits.

Pendant un demi-siècle l'activité est suspendue. Elle reprend en 1684, après le bombardement d'Alger (1683), lorsque le dey signe avec Tourville une nouvelle paix. La France est remise en possession pour cent ans du Bastion de France des Lenche, ainsi que de La Calle, du cap Rose, de Bône, de Bougie et d'autres lieux. La situation instable du XVIIe siècle a mis fin à la prospérité du Bastion de France. Il aura été prospère de 1550 à 1600 et aura permis la formidable élévation sociale d'une famille Corse, les Lenche, devenu des notables de Marseille. La ville conserve aujourd'hui une place à leur nom.

Repères géographiques

A 86 kilomètres de Bône, sur la route qui menait à Tabarka et Tunis par le bord de mer et Aïn-Draham par la montagne, on voit apparaître du haut de la colline qui domine la ville d'une centaine de mètres, une mer d'un bleu éblouissant, le Cap Gros qui enserre la rade des Romains toute proche, ainsi que la plage de sable fin et son île maudite.